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« En mai 1968, on avait envie de vivre intensément, avec plus de libertés ! »

L'un des leaders de Mai 68, Daniel Cohn-Bendit, prend la parole devant ces milliers d'étudiants venus manifester le 24 mai 1968. (© MANFRED REHM / DPA / AFP)

 

En mai 1968, tes grands-parents étaient peut-être des jeunes de 15 ou 20 ans, étudiants ou même déjà travailleurs. Ils se souviennent alors sûrement des événements qui ont marqué la France. Durant plusieurs semaines, d'abord des étudiants, puis des ouvriers, enfin des millions de Français de tout âge ont paralysé le pays en faisant grève et en manifestant, parfois violemment, dans la rue. Les étudiants réclamaient plus de libertés et étaient très critiques envers le gouvernement de l'époque. Et les personnes qui travaillaient voulaient que les salaires augmentent pour vivre mieux.

1jour1actu : À quoi ressemblait la France en 1968 ?

Philippe Godard : En 1968, cela faisait 23 ans que la Seconde Guerre mondiale était terminée et que les Français reconstruisaient le pays. 23 ans, c'est long ! Le pouvoir du chef de l'État, le général de Gaulle, s'était usé. Il ne correspondait plus à une époque où l'on avait envie de vivre intensément, avec plus de libertés.

Au début de Mai 1968, que demandaient les jeunes ?

Philippe Godard : Il y avait comme une « fracture » entre les générations : les adultes, les « vieux », n'avaient plus beaucoup de points communs avec les jeunes… leurs propres enfants ! Les jeunes revendiquaient de tout savoir, de pouvoir tout faire. Ils voulaient tout diriger, tout changer, même la façon d'étudier à l'école !

Pourquoi cette contestation a-t-elle tant choqué ?

Philippe Godard : La France s'est retrouvée coupée en deux. Beaucoup de Français, surtout dans les campagnes, ne comprenaient pas les étudiants, tandis qu'à Paris et dans les villes la sympathie pour leur révolte a été très forte dès le début. Il est difficile d'expliquer pourquoi, mais déjà, lors de la Révolution française, les Parisiens et les citadins s'étaient montrés plus proches des idées révolutionnaires, et ceux des campagnes plutôt opposés

Quel a été le rôle des médias en mai 1968 ?

Philippe Godard : À cette époque, il n'y avait pas Internet et pas de téléphone portable. Mais les Français ont tout de même pu suivre en direct les nuits d'émeute à Paris, grâce à la radio et à la télévision. Tout se « vivait » donc déjà en direct, partout en France ! Le rôle des médias a été fondamental dans la propagation des idées de Mai 1968 partout dans le pays.

Y a-t-il eu des « crises » aussi importantes, en France, depuis 1968 ?

Philippe Godard : Tout de suite après, en 1973 et 1975, il y a eu des grèves de lycéens et d'ouvriers très importantes, comme celle de l'usine Lip, une fabrique de montres située à Besançon. Mais plus rien n'a revêtu l'ampleur du mouvement de Mai 1968. Expliquer pourquoi, c'est très difficile. Certains pensent que, s'il y a moins de contestation de nos jours, c'est parce que plus personne ne croit à la politique. D'autres pensent qu'il n'y a rien à faire pour changer le monde. D'autres encore préfèrent consommer et ne pas penser au lendemain… Il suffit juste de nous mettre à penser, à imaginer et à rêver ensemble ! Et à mettre nos rêves en application. Et ça, c'était l'un des thèmes de… Mai 1968 !

(Mai 68 raconté aux enfants, de Philippe Godard © De La Martinière jeunesse)

 

Merci à Philippe Godard, auteur du livre Mai 68 raconté aux enfants (De La Martinière jeunesse), qu'1jour1actu conseille aux plus grands d'entre vous.