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« Il n'y a que 4 squelettes de T-Rex quasi complets dans le monde, et Trix en fait partie ! »

Ronan Allain est paléontologue pour le Muséum national d'histoire naturelle à Paris. C'est lui qui a imaginé l'exposition Un T-Rex à Paris, jusqu'au 2 septembre dans la capitale (© MNHN - J.-C. Domenech).

1jour1actu : En quoi consiste le métier de commissaire d'exposition ?

Ronan Allain : C'est imaginer une exposition, à partir des connaissances des scientifiques et à destination du public, qui a envie d'en savoir plus sur les T-Rex, par exemple. Avec son équipe, le commissaire d'une exposition choisit les éléments exposés, rédige les textes qui les accompagnent, réfléchit à l'éclairage, etc.

Pour l'expo sur Trix, par exemple, on a même demandé à un compositeur de faire la bande originale avec de la musique, des sons de nature, etc. Tout ce travail nous a pris 2 ans.

Trix est un squelette de T-Rex. Qu'est-ce qui rend si exceptionnel… un tas d'os ?

Ronan Allain : Cela fait un siècle que l'on a découvert les premiers os de T-Rex. Puis, il y a environ 30 ans, on a enfin découvert un squelette quasi complet et, depuis, on n'en a trouvé que 4 en tout.

Celui de Trix en fait partie, il est donc très rare… Sa découverte est exceptionnelle. Tous ces T-Rex ont été retrouvés dans la même zone, aux États-Unis, où de nombreux squelettes ont été fossilisés dans une mer qui s'est retirée et qui n'existe plus aujourd'hui.

Trix a vécu il y a 67 millions d'années. Comment est-ce possible que l'on ait retrouvé son squelette ?

Ronan Allain : Pour qu'un animal fossilisé il y a des millions d'années soit retrouvé en bon état aujourd'hui, il faut plusieurs conditions. Il faut que son cadavre n'ait pas bougé de l'endroit où il est mort, qu'il n'ait pas été mangé par d'autres animaux, etc.

La deuxième condition est que son squelette soit rapidement enseveli par des sédiments, comme du sable, de l'argile. L'idéal est que l'animal meure près d'une rivière ou d'un marécage.

Puis, il ne faut plus que le squelette fossilisé bouge pendant des millions d'années. Or, on sait que la terre et les plaques terrestres bougent ! Le temps que des hommes, des paléontologues, découvrent ces fossiles lors de fouilles.

Les fouilles pour dégager et étudier le squelette fossilisé de Trix, le T-Rex femelle, ont duré 3 ans, dans le Montana, aux États-Unis (© Naturalis Biodiversity Center).

De quoi Trix est-elle morte ?

Ronan Allain : Ça, on ne peut pas le savoir. Les analyses de son fossile nous disent qu'elle a vécu environ 30 ans. C'est le plus vieux de tous les squelettes découverts aujourd'hui !

Comment sait-on que Trix est une femelle ?

Ronan Allain : On l'a déduit. On a observé que les différents squelettes de T-Rex sont de 2 types différents, avec des fémurs larges ou des fémurs minces. Or, on sait que les oiseaux femelles puisent dans leurs os la matière pour faire les coquilles de leurs œufs : elles ont donc besoin de larges os. On pense qu'il en était de même pour les dinosaures. Et donc, que les dinos femelles avaient de larges fémurs…

Qu'est-ce que Trix a appris aux paléontologues ?

Ronan Allain : Le fait qu'on ait pratiquement retrouvé tous ses os a permis aux scientifiques de compléter leurs connaissances sur les T-Rex. C'est le dinosaure que l'on connaît le mieux car c'était l'un des derniers à vivre sur terre.

Son crâne va nous apprendre beaucoup de choses. En étudiant l'émail de ses dents, par exemple, on peut savoir quelle température il faisait à l'époque de Trix.

Mais, surtout, la morsure qu'elle a sur la joue a appris aux paléontologues que les T-Rex s'attaquaient entre eux : et ça, c'est nouveau !

Propos recueillis par Isabelle Pouyllau

Pour en savoir plus sur Trix et les T-Rex, découvre l'hebdomadaire 1jour1actu cette semaine, sur ce sujet. Et clique sur la galerie ci-dessous pour visionner plus de photos sur l'installation de l'exposition :