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Incendie du musée national de Rio : « On a perdu des trésors de l'humanité… »

Une vue aérienne du musée national de Rio de Janeiro, au Brésil, le 3 septembre 2018, le lendemain de l'incendie qui a détruit des millions d'œuvres et de trésors exposés dans ses galeries (© AFP PHOTO / Mauro Pimentel).

(© MNHN – Patrick Lafaite)

1jour1actu : L'incendie du musée du Brésil a été ravageur. A-t-on une idée de ce que cela aurait donné si la même chose était arrivée en France ?

Pierre Dubreuil : En effet, il a été extrêmement destructeur. En France, c'est comme si la galerie de paléontologie du Muséum d'histoire naturelle, une partie du musée du Louvre, le musée de l'Homme et la Grande Galerie de l'évolution avaient brûlé…

A-t-on déjà vécu une telle perte dans le patrimoine en France ?

Pierre Dubreuil : Non, pas à ma connaissance, et heureusement car, au Brésil, c'est catastrophique. On a perdu des trésors de l'humanité, comme le premier squelette humain découvert en Amérique du Sud. Ce sont des pièces de collection uniques.

Quels sont les risques qui pèsent sur les musées ? Le feu est-il l'élément le plus redouté ?

Pierre Dubreuil : Il y a les incendies, comme à Rio, mais on peut craindre aussi les inondations. La galerie de paléontologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, par exemple, est située au bord de la Seine. Il faut donc faire attention aux débordements. En 2016, lors de la crue du fleuve, on a dû éloigner les collections qui étaient menacées.

Pour revenir aux incendies, expliquez-nous comment on protège nos musées ?

Pierre Dubreuil : Tous les musées sont surveillés 24 heures sur 24 par des équipes exclusivement chargées de la sécurité incendie. Elles sont en lien direct avec le poste de contrôle. Et lui-même est relié par téléphone à la caserne des pompiers. Les pompiers peuvent donc intervenir très rapidement en cas d'incendie. Il y a aussi des portes coupe-feu, pour éviter que le feu ne se propage, des détecteurs de fumée et des centaines d'extincteurs.

Votre musée comprend un nombre très important de squelettes, d'animaux empaillés, de plantes, de fossiles, etc. Qu'avez-vous prévu pour garder leurs traces en cas d'accident ?

Pierre Dubreuil : Nous sommes en train de numériser le plus grand herbier du monde, qui compte 6 millions de planches. Pour cela, on scanne les planches de l'herbier. Ainsi, en cas d'incendie, ce sont des informations que l'on aura sauvegardées dans nos ordinateurs.

Pourquoi est-ce si important de protéger notre patrimoine ?

Pierre Dubreuil : Le squelette d'un homme préhistorique, par exemple, nous apprend comment les hommes vivaient à cette époque, son environnement, son alimentation, etc. C'est grâce à cela que l'on peut comprendre l'évolution de notre espèce.

Mais si les connaissances scientifiques ont déjà été tirées de toutes les pièces que vous conservez, pourquoi serait-il grave qu'elles disparaissent ?

Pierre Dubreuil : Parce que les techniques scientifiques évoluent. Aujourd'hui, nous possédons des scanners très puissants qui nous apportent des informations qu'on n'avait pas avant. Ainsi, quand un squelette est détruit, il ne peut définitivement plus rien nous apprendre. Vous comprenez pourquoi ce qui s'est passé à Rio est un tel drame.

Propos recueillis par Clara Marie