En 2012, Yusra, 14 ans, s’entraîne dans une piscine à Damas, la capitale de la Syrie. Comme d’habitude, elle entend tomber des bombes au loin. Mais ce matin, l’une d’elles atterrit au pied de son bassin : « Elle a fait voler les vitres mais, heureusement, elle n’a pas explosé… »

Yusra a nagé 3 heures en mer

Yusra Mardini est engagée auprès de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. Elle veut aider ceux qui, comme elle, ont dû fuir leur pays. (© Alessandro Di Ciommo/NurPhoto/NurPhoto via AFP)


Quelques mois après, Yusra embarque avec sa petite sœur et d’autres migrants sur un canot pneumatique pour traverser la Méditerranée. Quand le bateau tombe en panne, elle se met à l’eau et, grâce à son bon niveau de natation, le fait avancer pendant trois heures : « Je ne sais pas comment j’ai tenu ainsi dans l’eau. Sans doute parce qu’il y avait ma petite sœur dans le bateau… »
Puis, comme leurs parents ont préféré rester en Syrie, les deux sœurs sont prises en charge en Allemagne. Yusra reprend l’entraînement : « Quand on a été victime de drames, faire du sport est une précieuse aide, un moteur pour avancer vers un avenir meilleur, pour se reconstruire… »
À 18 ans, la Syrienne décroche sa sélection pour les Jeux olympiques, dans la première équipe de réfugiés créée pour les J.O. Aujourd’hui, à 23 ans, elle participe pour la deuxième fois aux J.O.

Tachlowini a traversé un désert à pied

Les parents de Tachlowini sont restés en Érythrée. Il ne les a pas revus depuis 8 ans. (© D.R.)


À 12 ans, Tachlowini Gabriyesos quitte l’Érythrée, un pays d’Afrique où les droits humains sont très peu respectés. Accompagné seulement de son frère, plus âgé d’un an, il traverse le brûlant désert du Sinaï pour rejoindre Israël. Dans la ville de Tel-Aviv, il peut aller à l’école et pratiquer l’athlétisme.
À 23 ans, ce marathonien est le premier de l’équipe des réfugiés à se qualifier pour Tokyo. Tachlowini est heureux de participer à ses premiers Jeux : « Au sein de notre équipe de réfugiés, on veut tous envoyer un message de solidarité et d’espoir pour sensibiliser à la situation de populations vivant des tragédies. »

80 millions de migrants

Aux derniers Jeux, en 2016, une équipe de réfugiés participait pour la première fois. Elle comptait 10 athlètes. À Tokyo, ils sont 29, dont 10 femmes, représentant 13 pays et 12 sports.
Grand organisateur des Jeux, le CIO (Comité international olympique) aide actuellement 200 000 athlètes réfugiés à retrouver le chemin de l’entraînement. Et il ambitionne d’aider 1 million de réfugiés d’ici 2024.
Sur la planète, 80 millions de personnes, appelées des « déplacés » ou des migrants, sont obligées de fuir leur pays d’origine.

Sophie Greuil