L’hôpital Lenval se trouve à proximité de la promenade des Anglais : les membres de son personnel ont été dans les premiers à venir au secours des victimes.  © Boris Horvat / AFP


À Nice, à l’hôpital Lenval, un service destiné à accueillir les jeunes victimes de l’attentat a été mis en place en janvier dernier. Le but : aider les enfants et les adolescents présents le soir du drame à surmonter le traumatisme qu’ils ont vécu.
Pour 1jour1actu, Emmanuelle Guesnier, cadre de santé de l’établissement, donne des nouvelles des 94 enfants suivis*.
* 643 patients ont été vus par ce service

1jour1actu : Comment vont-ils ?

Emmanuelle Guesnier : Les enfants présents lors de l’attentat ont des troubles du comportement et de la vigilance. Ils viennent à l’hôpital pour des rendez-vous avec des médecins, des psychologues et des psychomotriciens. Leur suivi passe aussi par un atelier artistique avec une musicothérapeute. Là, ils utilisent le jeu et la musique pour s’exprimer.

Y a-t-il déjà des résultats ?

Emmanuelle Guesnier : Les choses s’apaisent avec le temps, mais l’impact sur ces enfants va durer toute leur vie. Et, malheureusement, le traumatisme peut être réactivé dans certaines circonstances, comme ce triste premier anniversaire de l’attentat. Pour faire une comparaison, c’est comme une personne qui aurait eu la jambe cassée à l’âge de 5 ans. Il y a les soins, les béquilles, la rééducation, la marche… Tout rentre dans l’ordre puis, vers 40 ans parfois, la personne peut de nouveau ressentir une douleur au niveau de l’os réparé. C’est pareil pour un traumatisme psychologique.

Aujourd’hui, cela fait 1 an que l’attentat a eu lieu. Comment les enfants le vivent-ils ?

Emmanuelle Guesnier : Certains sont de nouveau inquiets. Il y a des reportages sur le « camion » : cela peut induire des cauchemars, de l’angoisse et une grande insécurité. Beaucoup de familles ont choisi de s’éloigner de Nice le temps des célébrations.

La promenade des Anglais où s’est déroulé l’attentat est à côté de l’hôpital…

Emmanuelle Guesnier : Y aller ne pose pas de problème aux enfants ; c’est ce qui s’est passé après qui leur est difficile. Ils doivent à la fois se souvenir et apprendre à développer la résilience.

C’est quoi, la résilience ?

Emmanuelle Guesnier : C’est la capacité d’un être humain de rebondir après un traumatisme. Il faut aider l’enfant à mettre en valeur d’autres choses. Dans l’actualité récente, il y a l’exemple de Simone Veil, qui a survécu à la déportation dans un camp de concentration.

Que dire aux enfants qui vont se rendre ce soir dans des lieux publics bondés, pour voir les feux d’artifice ?

Emmanuelle Guesnier : Forcément d’être vigilants, mais de ne pas suspendre la vie à un événement. Des mesures de sécurité sont en place. Il faut faire confiance à l’État et aux villes.

Et parler de l’attentat ?

Emmanuelle Guesnier : Il faut expliquer, ne pas laisser l’enfant ou l’adolescent dans l’ignorance. La difficulté est de lui parler de ce qui s’est passé avec des mots adaptés, sans le traumatiser.

Propos recueillis par Myriam Martelle

Retrouve l’article paru l’an dernier quelques jours après l’attentat ainsi que l’interview d’un médecin rappelant la nécessité de parler de ce que l’on ressent.